Projets Eoliens Industriels : + de 250 personnes à la Réunion d’Information de Saint-Saturnin-de-Lenne

Vendredi 30 octobre, s’est tenue à Saint-Saturnin-de-Lenne la première réunion d’information organisée par la nouvelle association « Vivre Ensemble Causse & Val de Serre »

  • Les participants à la Salle des Fêtes de Saint Saturnin

    vue des participants a la salle des fetes de saint saturnin

  • Pierre Marie Blanquet

    Pierre-Marie Blanquet, intervenant et ancien conseiller général du canton de Campagnac

  • Pierre Pradier

    Pierre Pradier, habitant de Salles-la-Source, président d’Avenir Causse Comtal et correspondant à Rodez de la SPPEF (Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France)

  • Jean-Marty et Marcelle Arguel

    Marcelle Arguel (1ère Adjointe au Maire de Curan) et Jean Marty (agriculteur sur le Lévézou et Porte-Parole d'”Agir pour le Lévézou

  • Les participants à la Salle des Fêtes de Saint Saturnin

    vue des participants a la salle des fetes de saint saturnin

  • la maquette des projets industriels éoliens en Aveyron

    Participants autour de la maquette des projets éoliens industriels en Aveyron.

Les organisateurs de ce rassemblement souhaitaient communiquer aux habitants des communes impactées par ces projets les toutes dernières informations relatives aux éoliennes industrielles de Combelongue, de La Roque Valzergues, de Saint Martin-de-Lenne et du Col de Lagarde.
Soucieux d’en savoir plus, alors que les éléments factuels peinent à émerger de la part des municipalités ou des promoteurs éoliens, ce sont plus de 250 personnes qui ont participé à cette réunion.
Le Président de « Vivre Ensemble Causse & Val de Serre », Dominique Dauga, a d’abord fait le point sur les projets et les enjeux, avant d’animer la réunion et de donner la parole à de nombreux experts, habitants impactés par des projets existants (notamment sur le Lévézou), et personnes engagées contre les nouveaux projets éoliens industriels en Aveyron, menés sans concertation avec la population.
Renaud Joyes, Vice-Président de l’association et Président de l’association « Vivre à Campagnac et dans ses hameaux », a projeté à l’écran la carte de la région avec les éoliennes en projet : 7 éoliennes juste au-dessus de La Roque Valzergues, 5 à 10 un peu plus au sud à la limite des communes de Saint-Saturnin et de Lapanouse-de-Sévérac (Combelongue), pour les deux projets portés par le maire de Saint-Saturnin, environ 6 éoliennes tout à côté au col de Lagarde, pour le projet porté par la communauté de communes de Sévérac-le-Château, et enfin 5 éoliennes au-dessus de Lenne, pour le projet présenté par EDP (Electricité du Portugal) sur le territoire de la commune de Saint-Martin. Ce sont en tout environ 80 éoliennes qui sont en projet dans le triangle formé par Campagnac, Laissac et Sévérac. Ont été projetées des photos avec la simulation de l’impact visuel des éoliennes, vues depuis Campagnac et Saint-Saturnin.

Projection des impacts des éoliennes industrielles en vidéo 3D

L’Association a ensuite projeté un film de 20 minutes, réalisé par Jean-Pierre Anfosso , proposant une reconstitution en 3D de l’impact paysager des éoliennes industrielles, depuis les villages et hameaux concernés (Campagnac, Saint-Saturnin, Saint-Martin, le Ginou, le Viala, Vimenet, Lenne, La Roque Valzergues, Aguès …) : toutes les vidéos 3D sont visibles ici . Réalisé en suivant une méthodologie scientifique stricte (géolocalisation avec les coordonnées GPS et cartes Google Earth, implantation des éoliennes à partir des documents ou informations en provenance des promoteurs éoliens, hauteur des éoliennes calculée d’après la simulation grandeur nature réalisée le 11 août dernier, sous contrôle d’huissier, avec une sphère captive gonflée à l’hélium), ces films ont offert à l’assistance médusée le spectacle inédit des Causses et d’un Val de Serre défigurés si de tels projets voyaient le jour… C’est la vue depuis la crête de la route des Charlottes (entre Saint-Saturnin et Saint-Geniez) qui a suscité le plus de réactions dans la salle, offrant une vision simultanée sur les éoliennes de 3 projets : La Roque Valzergues, Combelongue  et Saint-Martin-de-Lenne. Des images précieuses qu’aucune étude d’impact paysager faite par les promoteurs ne montrera, puisque chaque étude est menée séparément pour chacun des projets et donc isolément.

Les intervenants et les thèmes traités

Pierre Pradier : impact sur l’attractivité et l’immobilier …

Pierre Pradier, habitant de Salles-la-Source, président d’Avenir Causse Comtal et correspondant à Rodez de la SPPEF (Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France) a ensuite apporté la preuve de l’impact néfaste des projets éoliens industriels sur l’attractivité et le développement de nos territoires d’exception,  et en particulier sur la valeur de l’immobilier.

Pierre-Marie Blanquet : impact sur les ressources en eau …

Pierre-Marie Blanquet, ancien Conseiller Général du canton de Campagnac, ancien président de la Commission Environnement du Conseil général de l’Aveyron et ancien membre de la Commission Départementale et Régionale des Sites, a fait état des conséquences négatives de tels projets et de leurs risques sur les ressources en eau, dus à l’hydrologie complexe de notre territoire karstique. Il a également souligné que la manne financière promise aux communes par les promoteurs éoliens avait toute chance de ne pas voir le jour, étant donné la réforme territoriale en cours, avec la disparition des communes en tant que telles.

L’Amassada, le méga transformateur de Saint-Victor-et-Melvieu, et la logique strictement financière des investisseurs …

Trois représentants de l’Amassada, collectif engagé dans la lutte contre l’extension du transformateur électrique de Saint-Victor-et-Melvieu, ont ensuite pris la parole. Ils ont mis en perspective le déferlement de projets éoliens industriels en Aveyron que favoriserait  l’extension de ce transformateur, destiné à faire de l’Aveyron une vaste zone industrielle électrique, couverte d’éoliennes et de lignes à très haute tension, pour, entre autres, alimenter l’Espagne en électricité. Leur maquette du territoire aveyronnais comportant tous ces projets a donné une idée saisissante de notre environnement futur s’ils se réalisaient.
Ils ont enfin donné des informations sur la structure capitalistique de la société Quadran, promoteur du projet de Combelongue, soulignant qu’il était très difficile de faire confiance à cette société pour asseoir des objectifs de développement durable sur notre territoire puisqu’il semblerait que les financiers qui la soutiennent ont pour seul objectif de réaliser des profits importants le plus rapidement possible. En effet, outre la Banque Publique d’Investissement (BPI), l’opérateur Quadran est soutenu par le fonds d’investissement privé Tikehau Capital Partners au sein duquel on retrouve d’ex-dirigeants de Merril Lynch (Bruno de Pampelone) ou de Goldman Sachs (Antoine Flamarion), deux banques d’investissement américaines liées à la crise des subprimes. Un 3ème dirigeant de Tikehau Capital Partners n’est autre que Jean-Pierre Mustier ancien Directeur du Secteur Investissement à la Société Générale (voir l’article du journal Le Monde), et remercié après la révélation de l’Affaire Kirviel (dont il était le patron direct). Antoine Flamarion qualifie lui-même le rôle du fonds d’investissement qu’il dirige comme “un investisseur opportuniste à large spectre” (voir l’article du journal Les Echos). Au nom du développement durable, les colossaux profits des éoliennes industrielles (si largement subventionnées), attirent, décidément… toutes espèces “d’oiseaux”.

Jean Marty et Marcelle Arguel témoignent des désastres engendrés sur le Lévézou ….

Jean Marty, agriculteur retraité sur le Lévézou, et Marcelle Arguel (1ère Adjointe au Maire de Curan), tous deux porte-parole du collectif « Agir pour le Lévézou », ont témoigné du désastre socio-écologique et de la fracture sociale causés par les implantations anarchiques et massives d’éoliennes industrielles sur le massif du Lévézou. Ils ont souligné le rôle primordial des élus locaux, en termes d’influence, pour empêcher la réalisation de projets d’éoliennes industrielles sur leur commune. Marcelle Arguel a rappelé les contraintes de ces implantations pour les agriculteurs : les baux emphytéotiques proposés par les promoteurs ne correspondent pas à la vision long terme qu’ont les agriculteurs du patrimoine qu’ils laisseront à leurs enfants, en particulier à cause :
. des servitudes attachées à ces implantations
. des incertitudes liées à la déconstruction (le promoteur existera-t-il encore au moment de la déconstruction et sera-t-il en capacité financière d’assurer celle-ci ?)
. de la probabilité d’un mitage intense des terrains par les plateformes bétonnées ; en effet, lors des changements de machines, tous les 15 ou 20 ans, on doit rebâtir un nouveau mat sur d’autres fondations
. de l’impossibilité de greffer sur son exploitation des activités complémentaires : gîte rural, auberge de terroir, élevage équin et activités connexes, …
Jean Marty a  évoqué les aléas de la productivité énergétique de telles installations (au maximum 22% de temps de production), à rapporter aux investissements très importants en transformateurs et lignes à haute tension à installer pour absorber les rares pics de production de ces installations. Il a montré que ce faible rendement énergétique suffisait à dégager des profits très substantiels (temps de retour sur investissement de l’ordre de 7 ans, pour une durée de vie des installations de 15 à 25 ans…) pour des investisseurs privés, du fait du coût de rachat de l’électricité produite très généreusement subventionné par l’Etat (notamment par la CSPE figurant sur les factures d’électricité et supportée par tous).

Et les témoignages de Graziella Piérini (Conseillère Départementale) et Pierre Ginisty (Président du Carlaroc) ….

Graziella Piérini, conseillère départementale du canton Enne-et-Alzou, porte-parole du collectif « CO 27 XII Environnement », regroupant une trentaine d’associations aveyronnaises de protection de l’environnement, a insisté sur l’agressivité commerciale des promoteurs éoliens envers les propriétaires fonciers, sur les impacts agricoles générés et mis en garde les élus contre les promesses de retombées fiscales non suivies d’effets (a fortiori dans le cadre la refonte intercommunale déjà engagée…).
Pierre Ginisty, président du Carlaroc (Comité d’Animation et de Rénovation de La Roque Valzergues), a déclaré  – en son nom personnel – son hostilité aux projets éoliens impactant le village médiéval de La Roque Valzergues et son patrimoine historique.

Des échanges nombreux et instructifs avec la salle, dans un climat d’écoute et de respect mutuel …

Une longue séance de questions-réponses entre les intervenants et la salle s’est tenue ensuite. Elle a été l’occasion de dialoguer avec certains conseillers municipaux de Saint-Saturnin, présents dans la salle. Plusieurs participants ont également fait part de leur témoignage :
. Visites sur le terrain pour se rendre compte de la réalité des impacts des éoliennes, par exemple, à Bouloc (village impacté par les parcs d’éoliennes industrielles de Castelnau-Pégayrols et de Salles-Curan) ; échanges avec des habitants de Bouloc, considérablement gênés par les nuisances visuelles et sonores ; constatation de l’impact important sur l’immobilier (“rien ne se vend“).
. Abandon de leur projet d’achat de terrain et de construction de maison déjà engagé, pour quitter la commune de Saint-Saturnin-de-Lenne et aller s’installer dans une commune voisine opposée aux éoliennes.
. D’autres ont affirmé qu’ils n’auraient pas investi dans une maison il y a 3 ans, si l’existence des projets était parvenue jusqu’à eux.
. Des questions sur l’impact des parcs éoliens sur la santé humaine ont été l’occasion pour Christine Hernandez, médecin, de donner des informations sur le sujet, faisant notamment état des risques liés aux infrasons reconnus par les plus hautes autorités médicales (lire la publication et les recommandations de l’Académie de Médecine).
Des témoignages riches et sincères, qui convergeaient tous vers une exigence de vérité et d’information objective en direction des populations, indépendamment des intérêts privés ou financiers, et sous le contrôle d’élus investis et soucieux du bien commun et du bien vivre ensemble. Tous les témoignages ont souligné l’absence totale d’information donnée par les élus sur ces projets pourtant engagés depuis plusieurs années, et ce jusqu’en dans leur programme électoral.

Une réunion d’information et un succès qui honorent la démocratie locale, et qui appellera d’autres initiatives …

Au-delà des inquiétudes légitimes ressenties chez les participants (étant donné l’ampleur et le nombre de projets, et les incertitudes quant à leur nature exacte), il s’est pourtant dégagé de cette soirée un réel climat de solidarité et de démocratie qui honore toutes les personnes présentes sans exception, et quand bien même leurs avis, intérêts ou convictions divergeraient.
Les échanges se sont d’ailleurs poursuivis jusqu’à tard dans la nuit autour d’un pot de l’amitié offert par l’Association.
Ce sont près de 30 nouvelles adhésions à l’Association « Vivre Ensemble Causse & Val de Serre » qui ont  été reçues, et 110 signatures immédiatement collectées pour la pétition s’opposant aux projets, proposée par l’Association à l’issue de cette soirée.
Un temps fort de notre démocratie locale qui témoigne d’une forte prise de conscience, d’une mobilisation encore renforcée, et qui appellera, à n’en pas douter, d’autres initiatives dans un futur très proche.

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